Les âges du monde

L’âge noir

L’âge noir remonte à si loin qu’il se perd dans la mémoire des hommes. C’est le temps des origines, l’époque ou la vie et les pouvoirs sont éclos sur Geya, le monde. On dit Geya fille de la lune et du soleil, mais personne, pas même les dieux ne peuvent en témoigner, car tous sont nés durant l’âge noir, l’aube des temps. Leurs esprits empreints de pouvoir se sont éveillés et ont façonné le monde. Ils ont créé les animaux, les hommes, les orcs, les gobelins, les nains et tout un tas de races et d’êtres aussi étranges et divers qu’ils l’étaient eux-mêmes. Leurs créatures primitives se terraient dans les grottes, se cachaient dans les ombres des immenses forêts, chassaient, cueillaient, se battaient entre elles et reverraient les esprits qui hantaient le monde. Certains eurent du succès et s’élevèrent, adorés par des peuples puissants qui se répandirent à travers les terres vierges. D’autres restèrent obscurs et méconnus et n’eurent que peu d’influence sur le devenir de Geya. A peine sorti des cavernes, les hommes adorèrent nombre d’entre eux. Arbres sacrés, bêtes monstrueuses, essence d’un lac ou d’un bosquet, roi immortel ou véritable divinité priée par des peuples entiers, les dieux noirs furent innombrables et prirent toutes sortes de formes. Ils s’affrontèrent pour la domination de Geya et de ses habitants, n’hésitant pas à s’approprier les créatures conçues par d’autres. Certains disparurent, à jamais oubliés, d’autres grandirent…

Alors que le bouillonnement primitif semblait enfin se stabiliser, les elfes noirs (également appelés alfes noirs) descendirent de la lune. Ils vinrent, beaux, solides, puissants, fiers et orgueilleux,  portant leurs armures ouvragées et leurs armes ensorcelées. Leur pouvoir était si grand qu’ils purent rivaliser avec les dieux noirs. Ils se taillèrent des royaumes et réduisirent en esclavage ou domestiquèrent les habitants primitifs du monde. Devant tant de force certains dieux noirs plièrent, d’autres composèrent, et les plus grands d’entre eux s’affirmèrent. Les dieux de l’orient et de l’occident, les dieux des hommes, émergèrent et fondèrent la cité sainte de Smyrra. Les nains, les orcs, les ogres… tous se trouvèrent leur protecteurs en cet âge trouble. Tous, sauf les elfes, qui avaient leur propre déesse.

Puis vint l’âge d’argent.

 

L’âge d’argent

De la lune, descendirent les elfes (ou alfes) clairs, aussi brillants et lumineux que leurs frères étaient noirs. Eux-aussi étaient beaux, dans leurs armures brillantes, dans leurs bliauts et leurs robes immaculées. Leurs chevaliers n’avaient pas leur égal, et la beauté de leurs princesses était légendaire. Leur savoir et leur magie étaient immense. Ils se lancèrent dans une guerre sans merci contre les elfes noirs. Une guerre qui avait débuté dans leur royaume onirique, la lune, et qui ne faisait que se poursuivre. On dit d’ailleurs qu’elle ne trouvera jamais de fin, du moins tant que l’astre aura deux faces, une claire et une sombre…

L’âge d’argent dura plusieurs millénaires marqué par de terribles guerres et de longues périodes de paix. Et si aucun des peuples elfiques ne réussissait à prendre le dessus, les deux s’essoufflaient dans leur lutte sans fin.

C’est durant cet âge que les elfes donnèrent au monde le nom de Royaumes de lune, car ils considéraient ces terres comme leurs. Ils apportèrent bien des choses aux habitants de Geya. Les elfes clairs apportèrent la connaissance aux hommes ainsi que la sagesse des dieux du ciel, Sélune, Stellari et Solari. Les elfes sombres enseignèrent à leurs esclaves les techniques raffinées de la guerre, les sorcelleries interdites et les arts sombres.

Alors que les elfes se fatiguaient de leurs guerres incessantes, voyant leur pouvoir s’étioler à force d’affrontements stériles, les hommes se répandirent et grandirent. De grands royaumes naquirent, d’abord en orient, une région que les elfes délaissaient, puis plus tard en occident. Ce furent d’abord les Rajah de Maramapur, l’empire d’Ur et les assariens, ancêtres des parses, mais aussi les innombrables royaumes numiziens, dans les savanes et les jungles au sud des sables Miraj. Les cités états sparriennes conquirent la mer violette, alors que les tribus keltes et nordiques, celles qui avaient été des vassales des elfes, devinrent d’abord des mercenaires avant de totalement s’émanciper.

Puis vint l’âge d’or.

 

L’âge d’or

La prophétesse Jenva vint à Smyrra et donna au monde la révélation : les dieux des hommes, même s’ils ne se montraient plus depuis l’âge noir à la surface de Geya, s’étaient éveillés. L’âge des hommes étaient venu. Certains prétendent que seuls les dieux d’occident étaient annoncés par Jenva, d’autres que Jenva a également révélé l’identité des dieux : on les adorait sous des noms différents en orient et en occident, bien qu’étant uniques. Bien des thèses et des interprétations existent sur l’enseignement de Jenva, et s’il se répandit rapidement en occident, il fût souvent rejeté dans l’orient morcelé, peu concerné par les guerres elfiques du début de cet âge. Prophétesse prêchant la paix entre les hommes pour les uns, imposteur semant la discorde et dépossédant l’orient de la cité sainte pour les autres, Jenva fût immolée sur l’autel de Magdar. On raconte qu’un elfe noir murmurait à l’oreille de Galkaresh, le prêtre qui la sacrifia, mais est-ce la vérité ? Loin de taire sa parole, cet acte lui donna une ampleur inégalée. La légende raconte que dès le lendemain, la prophétesse, revenue d’entre les morts, marchait dans les rues de Smyrra et que d’un simple coup de son bâton, elle fit s’effondrer le temple de celui qu’elle condamna au noir. D’ailleurs, en opposition à ses prêches, la prophétesse est vénérée comme une déesse protectrice dans presque tous les royaumes d’occident.

C’est de la révélation de Jenva que vient la distinction entre les dieux noirs et les autres : ceux qu’elle a « révélés », ceux qui d’après le mythe, avaient fondé Smyrra, furent dès lors nommés dieux des hommes, les autres restèrent des dieux noirs.

En quelques décennies la nouvelle foi se répandit en occident. Les kelts, les sparriens, les tribus nordiques et nombres d’autres peuples se rebellèrent contre les elfes et firent tomber leur joug. Ces derniers, exsangues et las des guerres de l’âge d’argent durent céder petit à petit. Les guerres elfiques se terminèrent en une ultime bataille qui vit les elfes clairs s’allier aux hommes pour affronter les elfes noirs. Ces derniers furent vaincus et durent quitter la surface de Geya : ils prirent refuge dans ses entrailles ou retournèrent sur la face sombre de la lune. Quant aux elfes clairs, ils se replièrent dans des lieux inaccessibles ou désertés et fondèrent les royaumes féériques qui sont autant de portes vers la face claire de la lune.

C’est également au cours de l’âge d’or qu’Yskandar le grand, conquit l’orient. Son épopée qui fit de lui le nouveau roi des rois parse ne dura pas plus de vingt ans. Il fonda plusieurs cités, ainsi que l’empire glénorien. Car après sa mort, Glénor supplanta Sparra, et conquit une bonne part de l’occident. Le plus grand empire des royaumes de lune était né, et même si beaucoup de ses provinces orientales lui échappèrent ou s’il fût secoué par les guerres, les soulèvements ou les catastrophes naturelles, il tint les huit siècles que durèrent l’âge d’or.

Puis vint l’âge gris.

 

L’âge gris

On date généralement à l’an 876, dans le calendrier de Jenva, le début de l’âge gris. Il correspond à la chute de l’empire glénorien et au sac de Glénor par les hordes mingoles d’Attala. S’il y eut encore des impérators par la suite, jamais plus ils ne purent prétendre diriger un empire. Les anciennes provinces, devenues comtés en occident, avaient pris leur indépendance ou étaient tombées sous les coups des hordes de barbares du nord et de l’est. Les sultanats morcelés de l’est de la mer violette, vestiges d’anciennes provinces colonies ou résurgences des satrapies parses, uriennes ou assariennes n’étaient que le reflet d’un occident divisé. La capitale impériale ne pouvait plus guère prétendre à la suprématie que sur quelques cités et enclaves de part et d’autres de la mer violette. Parmi ces dernières comptait Smyrra, la cité deux fois sainte. Pour l’orient, car elle lui appartenait et était le berceau des dieux, et pour l’occident car elle était le lieu de la révélation de Jenva. Malgré sa situation précaire, la cité de Glénor, restaurée, brillait toujours comme un phare, au milieu d’un monde en proie aux guerres intestines, aux invasions barbares, orques, gobelines et aux désordres civils.

C’est au cours de l’année 1125 que le prophète Azûl reçut l’illumination. Dans les sables Miraj et dans le désert rose, les tribus bédouines s’affrontèrent d’abord puis s’unirent sous sa bannière verte. Le prophète, dans sa trentième année, avait reçu l’illumination et l’avait récitée en sourates que ses disciples avaient transcrite en un long texte sacré : la prophétie des sables. Azûl qui avait reçu ses visions d’un des djinns serviteur du très haut put annoncer au monde la troisième révélation. Les anciens dieux n’étaient que les envoyés du très haut, le dieu unique, créateur universel et seul détenteur du destin du monde. La fondation de Smyrra puis la prophétie de Jenva, n’étaient que des révélations incomplètes, préparant la venue de l’illumination. Armés de leur foi et sûr de leur prophète, les tribus bédouines déferlèrent comme les flammes sur une plaine sèche et conquirent tous les sultanats morcelés au nord des montagnes roses. Leurs exploits se poursuivirent bien au-delà de la mort d’Azûl. Ils fondèrent le califat de Shamyr et prirent pour capitale l’ancienne cité parse de Shamyria. Ils soumirent et convertirent ensuite les khans ogres Yskiandrins de l’est, puis ils portèrent la guerre sainte vers la mer de cristal. Les amazones d’Ajapur durent se soumettre à leur tour, défaites au cours de la bataille d’Az Brahid par les shamyriens et leurs alliés ogres. Leur reine accepta de se convertir prenant le titre de sultane de Maridjiane, du nom qui fût donné à la nouvelle province du Califat. Elle dût également accepter de livrer des otages aux Iskiandrins frustrés de n’avoir pu se livrer au pillage après la bataille. Le calife suivant, troisième successeur d’Azûl, se tourna vers l’occident et prit, une à une toutes les cités côtières.

La prise de Smyrra, la cité sainte, marqua la fin de la conquête, en même temps qu’elle laissa l’occident sous le choc. Les tensions s’étaient apaisées à l’ouest de la mer violette, une paix relative s’était établie depuis plusieurs décennies. L’impérator de Glénor y vit une chance de restaurer le pouvoir de sa cité, et peut-être l’empire. Se posant en défenseur de Jenva, il proclama la première salvarade. Des chevaliers vinrent de tout l’occident, traversèrent la mer reprirent Smyrra, Pamyr, quelques autres cités et fondèrent un état glénorien d’orient. Ce fut également la naissance des ordres religieux et notamment des frères des temples. L’empire shamyrien réagit et une guerre, marquée par de longues trêves, s’étendit sur des décennies. Elle justifia une seconde salvarade, puis une troisième, lorsque le dernier état glénorien d’orient, la principauté d’Akr, appela les occidentaux à son aide. L’année 1457 dans le calendrier de Jenva, 332 dans celui de l’illumination, venait de sonner…

Ailleurs, dans le nord-est, une nouvelle puissance se levait…

 

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