– Extrait n°4

Les cavaliers émergèrent de la poussière au sommet d’une dune de sable. Ils étaient, somme toute, assez loin du champ de bataille. Pourtant, sur la crête suivante, en exact vis-à-vis, se tenait, sur leurs dromadaires, tout un groupe de Bédouins qui servaient dans les rangs shamyriens. Leurs cimeterres nus brillaient au soleil. Le contraste  avec les vêtements de coton noir qu’ils portaient de la tête aux pieds  était saisissant.

– C’est l’oriflamme verte de la tribu Drashite, sire ! glissa Kurst à l’oreille du comte Onfroy de Thauron.

– Et ?

– Et rien d’autre, sire !

Le comte rabaissa la visière de son casque, leva sa lance, puis l’abaissa subitement.

– Chargez ! cria-t-il en lançant sa monture.

Kurst fut parmi les premiers à s’élancer à l’assaut. Les Bédouins, eux-mêmes sous le feu des turcoples, accueillirent les chevaliers par une volée nourrie de flèches. Ils attendirent que la charge marque le pas, dans la pente raide de la dune, pour se lancer à la contre-attaque. Les flèches passèrent au-dessus de Kurst, mais elles n’épargnèrent pas le comte qui en reçut une en plein visage avant même d’avoir pu débuter l’ascension de la dune. Elle passa à travers sa visière et le transperça. Il mourut sur le coup, laissant ses hommes sans chef. Kurst se retrouva face à deux chameliers, bien plus haut perchés que lui. Il para un coup, en évita un autre, et réussit à entailler la jambe d’un cavalier qui tomba au sol. Frappant tous azimuts, il se fraya un passage jusqu’à la crête. Plusieurs flèches s’étaient plantées dans sa cotte de mailles, sans pour autant le blesser. Hérissé de traits, il semblait invulnérable. Si bien que lorsqu’il fut au sommet, les rares archers montés qui n’avaient pas chargé s’enfuirent. Il s’attaqua alors au porte-drapeau, un gaillard de forte taille escorté de deux esclaves numiziens. D’un coup sec, Kurst désarma le premier mais il eut fort à faire à parer les coups lourds des deux autres. Après quelques échanges, il parvint à blesser le porte-drapeau qui dut lâcher son oriflamme. Cela jeta la confusion dans la mêlée. La bataille ne tournait pas à l’avantage des Bédouins. Aussi, lorsqu’ils ne virent plus leur drapeau, ils se crurent complètement défaits et se débandèrent.

– Il faut poursuivre ! déclara Kurst. On ne peut pas prendre le risque qu’un fuyard annonce notre arrivée !

Plusieurs barons hochèrent la tête. Ce premier affrontement n’avait été qu’une mise en bouche pour eux. Ils avancèrent, laissant derrière eux un sable rougi de sang et jonché de cadavres.